Quand on parle de rap français et de mode, un nom revient systématiquement : JoeyStarr, fondateur de la marque Com8. Créée en 1998, cette griffe de streetwear est née de la volonté du rappeur de Suprême NTM de prolonger l’énergie du hip-hop dans le vêtement. Mais pourquoi cette marque a-t-elle marqué toute une génération, et que reste-t-il de son héritage aujourd’hui ?
Com8 et NTM : pourquoi le rap français a engendré ses propres marques
À la fin des années 1990, le rap français ne se contentait plus de remplir des salles. Les artistes cherchaient à exister en dehors du micro, à transformer leur influence culturelle en projets concrets. Le vêtement était un prolongement naturel : porter la même marque que son rappeur préféré, c’était afficher une appartenance.
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JoeyStarr n’était pas seul sur ce créneau. Son acolyte dans Suprême NTM, Kool Shen, a créé de son côté la marque 2 High. D’autres rappeurs du Secteur Ä gravitaient autour de la marque Dia, fondée par Mohammed Dia. Le streetwear français de cette époque n’était pas un caprice commercial. Il répondait à une demande réelle, portée par une jeunesse qui ne se reconnaissait pas dans les enseignes classiques.
Ce qui distinguait Com8 des autres, c’est le poids médiatique de JoeyStarr. La tournée NTM de 1998 a servi de vitrine directe pour la marque. Les rappeurs du collectif B.O.S.S., fondé par JoeyStarr, portaient les pièces sur scène et dans les clips. La promotion passait par la communauté avant tout.
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Qui a fondé Com8 et comment la marque fonctionnait
Vous vous demandez peut-être si JoeyStarr a tout fait seul. La réponse est non. Com8 a été cofondée par JoeyStarr, Roland Ragot et Thierry Abitbol. Roland Ragot occupait le poste de directeur général et gérait la partie opérationnelle. JoeyStarr apportait l’image, le réseau et la crédibilité dans le milieu hip-hop.
Le nom lui-même mérite une explication. Com8 se prononce « Com-Eight » à l’anglaise, c’était d’ailleurs le nom initialement déposé. La marque ciblait les jeunes amateurs de hip-hop, principalement en Île-de-France, avec des pièces typiques du streetwear : t-shirts, sweats, joggings.
Rapidement, la clientèle s’est élargie. Des sportifs, des comédiens, des personnalités issues des quartiers populaires ont adopté la griffe. Com8 est passée du streetwear pur au casual chic, un positionnement qui lui a permis de toucher un public plus large sans renier ses origines.
Streetwear rappeur français : la longue traversée du désert
Après le pic de popularité du début des années 2000, la plupart des marques de streetwear liées au rap français ont disparu ou périclité. Com8 n’a pas échappé à cette tendance. La marque a connu une période d’inactivité de près de quatorze ans.
Pourquoi un tel effacement ? Plusieurs facteurs se sont combinés :
- Le rap français a traversé une phase de renouvellement artistique où les codes vestimentaires ont changé, avec un glissement vers le luxe et les collaborations avec des maisons établies.
- Le marché du streetwear s’est structuré autour de marques internationales disposant de moyens de production et de distribution bien supérieurs.
- Les fondateurs de ces griffes françaises n’avaient pas tous les ressources pour tenir face à la concurrence sur le long terme.
Un article de Radio France publié en 2018 résumait bien la situation : la mode du streetwear liée au rap « s’est un peu calmée au fil du temps ». Les marques historiques comme Dia ou 2 High ont quasiment disparu du paysage commercial.
Le retour de Com8 avec la collection Collector 98
Contrairement à beaucoup de ses concurrentes, Com8 a fait son retour après quatorze ans d’absence. De nouveaux porteurs de projet, imprégnés de la culture streetwear des années 1990, ont relancé la marque. Leur ambition affichée : aller plus loin que la première période, tout en conservant l’identité d’origine.
La collection Collector 98 illustre cette stratégie. Le nom fait directement référence à l’année de création. On y trouve des hoodies, des sweats et des pantalings qui reprennent les codes graphiques originaux. L’idée est de capitaliser sur la nostalgie tout en proposant des coupes actualisées.

Com8 aujourd’hui : streetwear chic et vente en ligne
Le positionnement actuel de Com8 penche clairement vers le streetwear chic. Les collections récentes incluent des pièces comme des crewnecks à logo doré ou la collection Jaguar, qui s’éloignent du jogging baggy pour proposer des vêtements portables au quotidien dans un contexte plus habillé.
La distribution se fait principalement en ligne, via le site officiel com-eight.com. On retrouve aussi des pièces Com8 sur des plateformes de revente comme Vinted, signe que la marque circule encore dans la communauté.
Ce modèle de vente directe est cohérent avec l’évolution du marché. Les marques de streetwear indépendantes n’ont plus besoin d’un réseau de boutiques physiques pour exister. Un site, une communauté fidèle et des réseaux sociaux suffisent à maintenir une activité.
JoeyStarr au-delà de Com8
Le rappeur ne s’est pas limité à une seule marque. JoeyStarr a aussi été associé à Wild West Indies, un projet qui élargit son empreinte dans l’univers de la mode. Cette diversification montre que pour lui, le vêtement n’a jamais été un simple produit dérivé. C’est un terrain d’expression à part entière, au même titre que la musique ou le cinéma.
La trajectoire de Com8 raconte quelque chose de plus large sur le rapport entre rap et entrepreneuriat en France. Les rappeurs des années 1990 ont ouvert la voie, souvent sans filet. Certaines marques n’ont pas survécu. Com8, elle, a trouvé un second souffle en misant sur ce qui faisait sa force initiale : une identité forte ancrée dans la culture hip-hop française.

